L'histoire de Froidchapelle

Avant la fusion des communes, Froidchapelle possède déjà le territoire le plus étendu de l'arrondissement de Thuin : 4.849 hectares, vaste espace herbager, conquis sur la forêt, où l'élevage se pratique de manière intensive, car la couche arable, peu profonde, n'est guère propice à la culture céréalière. Le sol contient du schiste et du calcaire; au sud-ouest on trouve du minerai de fer, à l'ouest, quelques affleurements de marbre rouge, et une zone sableuse se dessine au nord-ouest.


ANNO 673

Au cœur du bois d'Hurtau, des vestiges de bas-fourneaux attestent d'une occupation quasi immémoriale, peut-être préhistorique. Le village apparaît pour la première fois sous le nom de Feroaldi Capella dans le testament de sainte Aldegonde, sœur de sainte Waudru, autre grande figure des temps mérovingiens. L'étymologie est claire : c'est la chapelle fondée par Feroald, qui deviendra Froid Capelle au XIIIe au plus tard.

En 673, sainte Aldegonde aurait donc légué le village au chapitre de Maubeuge, qui le mentionne parmi ses possessions dans un polyptyque du Xe siècle. Avoué du chapitre, le comte de Hainaut se serait emparé par usurpation de la majeure partie du domaine. A partir du XIIe siècle en tout cas, et sans doute antérieurement, Froidchapelle et tout le pays environnant se trouvent aux mains du comte et suivent les destinées de la terre de Beaumont.

Il n'empêche que les dames de Maubeuge y conserveront des biens considérables et y percevront la dîme jusqu'à la Révolution.
 

TREIZE SIECLES D'HISTOIRE

Froidchapelle ne fut épargné ni des grandes épidémies du Moyen Age, ni par les troubles incessants issus des rivalités entre le royaume de France et les princes régnant sur les Pays-Bas. L'histoire locale a gardé des souvenirs sanglants du passage fréquent de bandes armées qui, en le traversant, pillent et rançonnent le pays.

Ainsi en 1431, sous la période bourguignonne; en 1477, au lieu dit "Boudrimont", les seigneurs de Barbençon et de Withem infligent des pertes sévères à l'armée de Louis XI. Pendant plus d'un siècle, Français et Espagnols se livrèrent dans la région à des combats sans merci assortis de pillages et d'exactions de toutes sortes. En 1579, les troupes françaises célébrèrent leur victoire en incendiant les 92 maisons que comptait à l'époque le village. C'est peut-être une rancune tenace qui incita les habitants de Froidchapelle à participer à l'insurrection royaliste du pays de Chimay, combattant notamment du coté autrichien le 26 avril 1794 à Boussu-lez-Walcourt.

Village de clairière, Froichapelle a pratiquement toujours vécu en économie fermée. Au XVIIIe siècle, la communauté fabriquait à peu près tout ce dont elle avait besoin pour vivre : elle possédait des brasseries, des saboteries, taillanderies, fabriques de cire, tissanderies de laine et de lin, fabriques d'instruments aratoires…. Parallèlement à cette économie domestique, de petites industries virent le jour, comme la célèbre Carrière à Roc, qui fournit le beau marbre rouge dit de Rance, largement utilisé pour l'ornementation du château de Versailles. Sa mise en activité remonte au XVIe siècle, et l'on en extrayait encore 240 m³ vers 1925. Il existait également une verrerie au lieu dit "Ravet", sur la route de Cerfontaine.

La forêt et ses produits occupaient néanmoins la plupart des travailleurs. Assez propère au XVIIIe siècle, le commerce régional du bois subit le contre-coup de la crise du milieu du XIXe siècle, en même temps qu'il perdait son débouché principal. Car à ce moment s'éteignaient définitivement les dernières forges de la région, condamnant au chômage nombre de bucherons et de "faudreus" occupés, dans les forêts, à la préparation du charbon de bois. En 1840, une véritable émeute éclate parmi les ouvriers du bois. La commune entreprit alors d'importants travaux de voirie destinés à faire sortir la localité de son isolement. Mais n'ayant guère d'autres ressources, le village continua à mener une existence difficile, et devait connaître au début du siècle le phénomène de l'exode rural et de la dépopulation.

La vocation herbagère de Froidchapelle, comme la dispersion de son habitat, ne date pas de plus d'une centaine d'années. D'immenses défrichements furent entrepris vers 1860 par de gros propriétaires fonciers ou des sociétés immobilières. La Fagne de Chimay et le Bois-le-Comte de Froidchapelle sont livrés à la cognée des défricheurs; des fermes nouvelles surgissent comme des champignons au milieu d'exploitations modèles de 100 hectares, destinées à la culture de céréales. Des familles étrangères sont installées dans ces modernes colonies, venant pour la plupart des pays de Namur, Ciney et Verviers.

Bientôt hélas, la culture de l'épeautre, du seigle et de l'avoine s'avère non rentable. Des dizaines d'hectares défrichés à grand-peine sont reboisés; le reste, reconverti en prairies, se morcèle en exploitations réduites de moitié ou des trois-quarts.

Car dans l'agriculture aussi, la crise se fait sentir, avec la concurrence des blés en provenance d'Amérique et d'Ukraine, activée par le développement fantastique des transports ferroviaires (les arrivages quadruplent en l'espace de 5 ans de 1875 à 1880 !). Le prix des récoltes, la valeur foncière et locative de la terre, les salaires accusent une chute sensible, tandis que les centres industriels de Charleroi et Couvin drainent par chemin de fer une main-d'œuvre toujours plus abondante. La ligne 109 (tronçon Beaumont - Chimay) dessert Froidchapelle depuis le 10 août 1882.

On assiste donc au rapide déclin de la culture extensive à faible rendement, au remplacement des terres impropres, bois, jachères et terrains vagues, par des prairies artificielles, puis à l'augmentation du nombre de vaches laitières, seules source de revenus non encore menacée à l'époque.

Actuellement, environ 2.180 hectares sont voués à l'élevage; 860 hectares de bois, en partie communaux, couvrent encore les secteurs méridionaux de la localité, lui faisant une sorte de ceinture de bon rapport pour la commune.

Il reste évidemment de multiples branches d'activités commerciales de tous les genres, tandis que l'exploitation forestière continue d'occuper une partie de la main-d'œuvre locale.
 

SITES ET MONUMENTS

Le vallon de la Hantes

moulinLe paysage froidchapellois prend l'aspect d'une cuve aux rebords boisés, et renflée en son centre d'une petite éminence où se perche l'agglomération formant le centre du village. Cette cuve avec ses nombreux ravinements donne naissance à la Hantes, qui prend se source à la ferme d'Hurtau (point culminant de la localité - 293 m); elle serpente à travers le Champ Colin (Pont Lambier), les Hamaides, l'Alsort et fuit par une trouée qu'elle trouve au nord après avoir actionné pendant des siècles le moulin de Froidchapelle (224 m), dont il reste un superbe bâtiment.
 

Les routes ruissonnières

D'un coin à l'autre de l'horizon cerné de forêts, on découvre une foule de champs et de quartiers aux noms rustiques : Martinsart, Champ du Four, Champ de la Truie, Champ Colin, Rond Champ, Champ de Rance… Des fermes jadis isolées ont fait tache d'huile, constituant des hameaux devenus quartiers reliés au centre par des petites routes encaissées, aux détours et aux carrefours desquelles on est frappé du nombre de chapelles votives, potales et croix d'occis.

Près du cimetière, un calvaire abrite la tombe de Théodulphe Manderlier. L'oratoire fut construit par sa veuve, selon un vœu du défunt (1852).

bocage

Le bocage 
La nature est très belle et très diversifiée : de magnifiques sous-bois alternent avec des prairies aux reliefs mouvementés, des rivières et ruisseaux aux vallées encaissées, des chemins qui évoquent le bocage normand…
 
Maisons anciennes

Parmi de nombreux bâtiments remarquables, citons plusieurs fermes du XVIIIe siècle reconverties en coquettes maisons de campagne et quelques maisons patriciennes dont une maison bourgeoise à double corps de la 2ème moitié du XVIIIe siècle, avec deux pavillons rectangulaires greffés vers 1850 (à proximité de

l'église).

Près de l'ancienne carrière subsiste une petite maison entièrement construite en marbre rose. Demeure du marbrier, dont la porte s'orne d'un cartouche avec l'inscription "Carrière à Roc" et la date 1910.


L'église Sainte-Aldegonde

eglise froidchSur la terrasse à la pointe de l'éperon qui porte le village (247 m), on retrouve l'église Sainte-Aldegonde, avec son cortège de maisons entourant une place pittoresque.

La nef centrale portée sur des colonnes à chapiteaux et des bases moulurées date de la fin du XVIe siècle, et ses collatéraux auraient été élargis en 1643. Le chœur en briques sur soubassements en moellons serait du XVIIe siècle et non de 1736 comme pourrait le laisser croire une pierre millésimée y encastrée plus tard.

La tour en moellons appareillés, datant de 1781, n'a que des entrées latérales.
Le mobilier présente un intérêt certain : bancs en chêne, chaire de vérité du XVIIIe siècle, maître-autel en marbre provenant de l'abbaye de Liessies, comme peut-être aussi de curieuses stalles sculptées d'animaux fantastiques et de têtes humaines, autels latéraux, dalles funéraires et statues diverses.
 chêne

Le Chêne Notre-Dame de Lumière

Proche de la gare désaffectée, il mesure 4,50 m de tour. La statue d'une Vierge y était suspendue, qu'on invoquait jadis pour les maladies des yeux.
Le chêne fut miné par les Allemands en 1918 et incendié en 1940. Malgré les manipulations et les outrages, le chêne est toujours debout, témoin muet de l'inconstance des hommes et de la légende des siècles.

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